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Haïti - Politique : Intervention du nouveau Chef du BINUH au Conseil de Sécurité de l’ONU 23/10/2025 10:49:47
Mercredi 22 octobre 2025, Carlos Ruiz Massieu le nouveau Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU et Chef du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) s’est adressé pour la première fois au Conseil Conseil de Sécurité de l’ONU pour exposer la situation en Haïti depuis un peu moins de 3 mois qu’il occupe ce poste https://www.icihaiti.com/article-45257-icihaiti-onu-nouveau-representant-special-du-secretaire-general-pour-haiti-et-chef-du-binuh.html Intégralité de l’intervention de Carlos Ruiz Massieu : « Monsieur le Président, Honorables membres du Conseil, Excellences, C’est un honneur de m’adresser à vous pour la première fois en tant que Représentant spécial du Secrétaire général en Haïti. Au cours des deux mois et demi qui ont suivi mon arrivée en Haïti, j’ai rencontré différentes parties prenantes, des autorités nationales à la société civile, en passant par les plateformes de défense des droits humains et des femmes, les partis politiques et les partenaires internationaux d’Haïti. Durant cette période, j’ai pu constater la brutale réalité du quotidien dans le pays, en particulier à Port-au-Prince. La situation est indéniablement désastreuse, mais le peuple haïtien n’a pas baissé les bras. Son courage nous donne espoir. Comme le sait le Conseil, les forces de sécurité nationales, appuyées par la Mission multinationale d’appui à la sécurité dirigée par le Kenya au cours des seize derniers mois, ont affronté les gangs avec courage et détermination. Malgré leurs efforts courageux, les gangs armés ont maintenu leur emprise sur la capitale et ont continué de s’étendre dans l’Artibonite, le Centre et, plus récemment, le département du Nord-Ouest, semant la terreur parmi la population haïtienne et entravant le fonctionnement des institutions de l’État. Entre juillet et août, les gangs ont de plus en plus ciblé les communes agricoles de la périphérie de Port-au-Prince et d’autres régions du pays et ont mené de multiples attaques contre la police nationale. Dans le département de l’Ouest, du 11 au 12 septembre, une attaque de gangs contre le village de Labodrie, à Cabaret, a fait plus de 42 morts https://www.haitilibre.com/article-45763-haiti-flash-massacre-a-labodrie-plus-de-40-tues-et-de-nombreux-blesses.html . Dans l’Artibonite, des attaques menées pendant la même période ont fait 42 morts et 29 blessés, et deux commissariats de police ont été incendiés https://www.haitilibre.com/docs/8-Rap-DH-Artibonite-09Oct2025.FR_-1.pdf . Monsieur le Président, L’ampleur et l’impact des déplacements internes en Haïti sont sans précédent, avec plus de 1,4 million de personnes déplacées https://www.haitilibre.com/article-45998-haiti-insecurite-1-4-million-de-personnes-deplacees-fuyant-la-violence.html . La santé, l’éducation et la sécurité alimentaire dans les communautés touchées demeurent une préoccupation majeure. Il est essentiel de mobiliser des ressources adéquates pour répondre aux besoins urgents, prévenir une nouvelle détérioration et concevoir des solutions durables. La situation des droits humains demeure également très préoccupante, avec des abus généralisés liés aux attaques de gangs, des violences impliquant des groupes d’autodéfense, et même certaines opérations de sécurité. Les violences sexuelles continuent d’être systématiquement utilisées par les gangs comme un outil de domination et de terreur contre les femmes et les filles, affectant non seulement les victimes et les survivantes, mais aussi leurs familles https://www.haitilibre.com/article-45900-haiti-flash-au-moins-3-200-viols-en-8-mois-situation-en-chiffres.html . Parallèlement, l’érosion des structures de protection familiales et communautaires, combinée à l’absence de protection sociale et aux alternatives économiques limitées, crée un terrain fertile pour l’exploitation et le recrutement d’enfants par les gangs https://www.haitilibre.com/article-45659-haiti-securite-la-vie-en-enfer-des-enfants-haitiens.html . Les gangs armés continuent de porter gravement atteinte à la jouissance des droits sociaux, économiques et culturels fondamentaux. Ils extorquent des entreprises et des transports publics, saccagent des biens privés et publics et attaquent des agriculteurs et des producteurs locaux en zones rurales https://www.icihaiti.com/article-46047-icihaiti-artibonite-champs-de-riz-incendies-rizieres-detruites-paysans-en-fuite.html . Leur contrôle des routes restreint également l’accès aux services essentiels, notamment les soins de santé https://www.haitilibre.com/article-45905-haiti-insecurite-60-a-80des-etablissements-de-sante-fermes-ou-hors-service-a-port-au-prince.html et l’éducation. Dans ce contexte, je salue l’adoption de la résolution 2793 autorisant la transition vers la Force de Répression des Gangs et la création du Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti https://www.haitilibre.com/article-45891-haiti-flash-le-conseil-de-securite-a-vote-pour-la-nouvelle-force-de-repression-des-gangs.html . Cette décision témoigne de l’engagement continu du Conseil de sécurité à soutenir le rétablissement de la sécurité en Haïti. Plus important encore, elle a suscité un regain d’espoir parmi les Haïtiens, marquant une étape nécessaire vers le renforcement du soutien international aux forces de sécurité nationales en s’appuyant sur les acquis de la stratégie nationale de sécurité. De même, je salue la décision du Conseil de sécurité de renouveler le mandat du Comité des sanctions et de son Groupe d’experts, le 17 octobre. Les sanctions demeurent un instrument essentiel pour dissuader et mettre fin aux actes criminels et néfastes des fauteurs de troubles. https://www.haitilibre.com/article-46010-haiti-flash-les-usa-sanctionnent-deux-importants-terroristes-haitiens.html et https://www.haitilibre.com/article-45238-haiti-securite-criteres-d-inscription-sur-la-liste-des-sanctions-de-l-onu.html À l’avenir, des efforts soutenus et coordonnés pour mettre en œuvre la résolution 2793 et doter la Force de répression des gangs, nouvellement autorisée, des ressources et des moyens nécessaires à l’accomplissement de son mandat sont essentiels pour améliorer la situation sécuritaire. Cela est également crucial pour soutenir et préserver les efforts menés par Haïti pour faire avancer le processus politique. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil, Dans un contexte de défis sécuritaires persistants, le processus politique est entré dans les derniers mois des dispositions actuelles de gouvernance transitoire, qui prévoient le transfert de l’autorité aux élus d’ici le 7 février 2026. Le temps de la transition est compté. Je suis préoccupé par le fait qu’une voie stable vers le rétablissement de la gouvernance démocratique n’ait pas encore été tracée. Cependant, je salue les mesures prises par les autorités nationales pour consulter les acteurs politiques, parvenir à un accord sur les conditions nécessaires à la tenue des élections et éviter un vide politique au-delà du 7 février 2026. Dans cet esprit, la décision du Conseil des ministres du 9 octobre de retirer la révision constitutionnelle de l’ordre du jour de la transition et de renoncer à l’organisation d’un référendum https://www.haitilibre.com/article-45956-haiti-flash-le-conseil-des-ministres-met-fin-au-projet-de-nouvelle-constitution.html constitutionnel marque une réorientation, donnant la priorité aux préparatifs électoraux. Dans ce contexte, un dialogue inter-haïtien soutenu demeure essentiel pour forger un consensus renouvelé sur la voie à suivre. Le BINUH contribue à rassembler les parties prenantes, à promouvoir un dialogue constructif et inclusif afin de renforcer la stabilité et la cohésion nationale, et à mener à bien la transition. Sous l’égide stratégique du BINUH, les Nations Unies en Haïti continuent d’apporter un soutien technique et logistique au Conseil électoral provisoire afin d’accélérer les préparatifs en vue de la tenue des élections. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil, Excellences, En prévision du déploiement complet de la Force de Répression des Gangs, j’encourage les autorités nationales à prendre toutes les mesures appropriées pour renforcer la sécurité, tout en assurant la protection des communautés les plus touchées par la violence, en particulier les enfants. Une attention particulière doit être accordée aux mesures complémentaires visant à prévenir le recrutement et à soutenir la réinsertion des enfants associés à des gangs, conformément aux normes relatives aux droits de l’enfant. Tout en saluant le travail du Groupe de travail interinstitutionnel sur la réduction de la violence communautaire, soutenu par le BINUH, j’exhorte les autorités de transition à rétablir une institution nationale chargée de mener un désarmement, un démantèlement et une réintégration durables. Dans le même esprit, des efforts nationaux continus sont nécessaires pour garantir l’accès à la justice des victimes de la violence des gangs. Le soutien international aux unités judiciaires spécialisées est essentiel pour aider Haïti à lutter contre l’impunité, notamment en ce qui concerne les crimes financiers, la corruption, les crimes de masse et les violences sexuelles. Le BINUH et ses partenaires internationaux ont continué de collaborer étroitement avec la nouvelle direction de la police afin de promouvoir le renforcement institutionnel et de renforcer l’efficacité et la responsabilisation des opérations de sécurité. Malgré des défis institutionnels persistants, les préparatifs pour l’élaboration du nouveau Plan de développement stratégique de la police et le lancement de la formation de 884 cadets, dont 160 femmes, https://www.haitilibre.com/article-45926-haiti-flash-892-aspirants-policiers-pour-combattre-les-gangs.html constituent des étapes importantes pour renforcer les capacités et le professionnalisme de la police. Monsieur le Président, L’autorisation donnée par le Conseil de sécurité de créer la Force de Répression des Gangs et le Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti représente une étape clé dans les efforts visant à renforcer la capacité opérationnelle des forces de sécurité nationales afin de contribuer au rétablissement de la sécurité. De son côté, le BINUH continuera de favoriser la coordination entre les acteurs nationaux et internationaux afin de renforcer les capacités à long terme et de promouvoir des approches de maintien de l’ordre inclusives et fondées sur les droits. L’environnement sécuritaire hostile continue d’avoir des répercussions sur la présence des partenaires internationaux d’Haïti à Port-au-Prince, notamment les Nations Unies. Néanmoins, je dirige les efforts visant à achever rapidement le retour de l’ensemble du personnel international du BINUH à Port-au-Prince, l’objectif étant d’atteindre de toute urgence une présence de 100 % du personnel dans la capitale. À ce stade critique de la transition politique, cela nous permettra de maintenir et de renforcer notre soutien aux efforts menés par les Haïtiens pour rétablir la sécurité, promouvoir le dialogue, réduire la violence communautaire, lutter contre l’impunité et rétablir la gouvernance démocratique. Comme demandé par le Conseil, avec le déploiement prévu de l’UNSOH, les Nations Unies se tiennent prêtes à coordonner leurs efforts avec tous les partenaires sur le terrain, y compris les organisations régionales et la Force de répression des gangs, tout en encourageant toutes les parties haïtiennes à coopérer avec cette dernière dans l’exécution de son mandat. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil, Des progrès simultanés sur le front de la sécurité, le processus politique et l’application de sanctions contre les fauteurs de troubles demeurent essentiels pour favoriser la stabilité, restaurer la gouvernance démocratique, mettre fin à l’impunité et bâtir une Haïti plus prospère. La récente action du Conseil a rassuré le peuple haïtien : il n’est pas seul et la communauté internationale est à ses côtés en cette période critique. Il est temps de traduire rapidement ce signal en progrès réels et d’inverser la tendance à la violence. Il est temps pour tous les secteurs haïtiens de s’unir et de placer l’intérêt de leur nation au-dessus de tout. Notre engagement collectif et continu reste essentiel. Je vous remercie de votre attention. » HL/ HaïtiLibre
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