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Haïti - 222e de l’indépendance : Vibrant discours de l’Ambassadeur d’Haïti en Rep. Dom. 02/01/2026 08:54:07
Jeudi 1er janvier 2026, à l’occasion du 222e anniversaire de l’indépendance d’Haïti (1er janvier 1804) l’Ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine Emmanuel Fritz Longchamp a délivré un vibrant message de réflexion pour la nouvelle année, que nous publions au bénéfice de nos nombreux lecteurs et que nous vous invitons à lire et à partager. Message de l’Ambassadeur Emmanuel Fritz Longchamp : « Mesdames, Messieurs, Chers compatriotes, En ce jour de mémoire et de réflexion, nous évoquons un événement qui dépasse largement le cadre d’une simple date nationale. Le 1er janvier 1804 marque un tournant majeur de l’histoire universelle. Deux cent vingt-deux ans plus tard, l’Indépendance d’Haïti demeure à la fois un héritage glorieux, une interpellation morale et un défi politique encore inachevé. À première vue, il nous faut revenir sur le long cheminement historique qui conduit à 1804. Dès 1791, les esclaves de Saint-Domingue, arrachés à l’Afrique et niés dans leur humanité, engagent une lutte sans précédent contre l’un des systèmes les plus violents que l’histoire ait connus. Cette révolution n’était pas seulement militaire, elle était anthropologique, philosophique et politique. Elle posait une question radicale : un être humain peut-il être une propriété ? Le 1er janvier 1804, aux Gonaïves, Jean-Jacques Dessalines proclame l’Indépendance d’Haïti et affirme, dans des mots d’une force exceptionnelle, la rupture définitive avec l’ordre colonial et esclavagiste en déclarant : “S’il pouvait exister parmi nous un cœur tiède, qu’il s’éloigne et tremble du serment qui doit nous unir. Jurons à l’univers entier, à la postérité, à nous-mêmes, de renoncer à jamais à la France et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination ; de combattre jusqu’au dernier soupir pour l’indépendance de notre pays.” Cette proclamation n’est pas un simple acte juridique : elle constitue une véritable déclaration de dignité. Dessalines y affirme que, désormais, sur cette terre, nul ne sera esclave, nul ne sera inférieur par nature et que la liberté conquise par le sang sera défendue à tout prix. Cette date marque aussi ce que l’on peut appeler la révolution du mode de travail. Pour la première fois dans le monde moderne, un système économique fondé sur l’esclavage est aboli et remplacé, du moins dans son principe, par un rapport au travail devant respecter la dignité humaine. Les anciens esclaves prennent alors conscience que l’esclavage n’est pas seulement une condition sociale, mais une négation de l’humanité même. Cette prise de conscience constitue l’un des legs les plus profonds de la Révolution haïtienne à la pensée universelle des droits humains. “1er janvye 1804 pa sèlman yon evènman istorik ; se yon zak politik revolisyonè ki kraze fondasyon panse enperyalis yo sou dominasyon ak sou pretandi enferyorite moun nwa. Ayiti leve kanpe kòm manman libète, epi libète rete kondisyon fondamantal pou lavi ak diyite pèp yo.” Cependant, commémorer 222 ans d’indépendance exige aussi un regard lucide et critique sur notre propre trajectoire. Car l’histoire d’Haïti depuis 1804 n’est pas uniquement celle de la résistance héroïque ; elle est aussi celle des trahisons internes, des dictatures politiques et de la domination d’élites qui, trop souvent, ont gouverné contre les masses populaires sur les plans social, économique et politique. Ces pratiques ont conduit, au fil des décennies, à une érosion progressive des institutions, jusqu’à la faillite institutionnelle sans précédent que connaît Haïti aujourd’hui. L’effondrement de l’État haïtien n’est pas un accident de l’histoire : il est le produit d’une mauvaise gouvernance chronique, d’une exclusion sociale systématique et d’une rupture profonde entre l’État et la société. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la migration massive des Haïtiens, notamment vers la République Dominicaine. Cette migration n’est ni un choix de confort ni une fatalité culturelle : elle est une stratégie de survie. Elle agit comme une soupape de sécurité pour un peuple privé de perspectives dans son propre pays, elle révèle surtout l’échec collectif à faire de l’indépendance une réalité vécue au quotidien. Face à cette situation, la question fondamentale demeure : quel est aujourd’hui l’enjeu central pour la stabilisation et la refondation de l’État haïtien ? La réponse, à mon sens, réside dans un retour à un agenda politico-social fondé sur la vie humaine elle-même, ce que la pensée contemporaine appelle la biopolitique : une politique qui place la sécurité, la dignité, la santé, l’éducation et la valeur de la vie au cœur de l’action publique. Cette orientation rejoint profondément la conscience dessalinienne, non pas dans sa radicalité guerrière, mais dans sa vision d’Haïti comme un espace où la liberté authentique doit être prioritaire. Face à ce constat, l’heure n’est plus aux divisions stériles ni aux calculs étroits. L’histoire nous appelle à un sursaut collectif. Relever les défis auxquels Haïti est confrontée aujourd’hui exige que nous nous mettions ensemble, au-delà des intérêts particuliers, des clivages politiques et des appartenances sociales. Il s’agit de refonder l’État autour de l’essentiel : la vie humaine, la dignité, la sécurité et l’avenir de nos enfants. Fidèles à l’esprit de 1804, nous devons transformer l’indépendance héritée en une indépendance vécue, en reconstruisant un projet national fondé sur la responsabilité, la solidarité et le respect de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Haïti ne peut survivre qu’en redevenant un lieu où vivre n’est pas un acte de résistance permanente. Comme le rappelait Jean-Jacques Rousseau : “L’homme est né libre et partout il est dans les fers.” La mission historique d’Haïti est précisément de briser ces fers, non seulement dans les textes fondateurs, mais dans la réalité concrète de chaque citoyen. En ce 222e anniversaire, rendons hommage aux héros de 1804, non en les mythifiant, mais en assumant leur héritage avec responsabilité. L’indépendance n’est pas un acquis figé, elle est un projet politique permanent. C’est à cette hauteur de conscience que nous devons, aujourd’hui encore, hisser notre action collective. En ce jour de commémoration de la fête de l’Indépendance nationale et à l’aube de la nouvelle année 2026, il m’est particulièrement agréable d’adresser mes salutations les plus distinguées aux Conseillers Présidentiels et aux membres du Gouvernement de la République d’Haïti, au personnel diplomatique et administratif de l’Ambassade, aux Postes Consulaires de la Mission diplomatique en République Dominicaine ainsi qu’aux Missions diplomatiques de la République d’Haïti accréditées à travers le monde. Je voudrais exprimer une pensée toute particulière au Peuple haïtien dont la résilience, le courage et l’attachement indéfectible aux idéaux de liberté et de souveraineté constituent le socle de notre Nation. Puisse l’année 2026 être porteuse de Paix, de stabilité et de renouveau pour la République d’Haïti. Que Dieu bénisse Haïti ! Je vous remercie. » Emmanuel Fritz Longchamp HL/ HaïtiLibre
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