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Haïti - Politique : Discours du Secrétaire-Général António Guterres avant de quitter Haïti
17/06/2026 09:33:05

Haïti - Politique : Discours du Secrétaire-Général António Guterres avant de quitter Haïti

Mardi 16 juin 2029, le Secrétaire-Général António Guterres après une visite éclair en Haïti, avant de repartir le soir même, a déclaré en conférence de presse « Dans quelques instants, je quitterai votre pays, mais ce que j’y ai vu ne me quittera pas […]

Conférence de presse d’António Guterres

« […]

Je suis venu en Haïti porteur d’un message simple : vous n’êtes pas seuls. Les Nations Unies sont à vos côtés et le monde n’a pas le droit de détourner le regard.

Dans quelques instants, je quitterai votre pays, mais ce que j’y ai vu ne me quittera pas. J’ai vu une crise d’une ampleur extraordinaire, dont la racine est l’insécurité. Les gangs terrorisent le pays, des familles entières sont déracinées, des enfants sont privés de protection, d’école, d’avenir. Pour trop d’Haïtiens, chaque jour est une lutte pour la survie.

Mais j’ai vu aussi et surtout, un peuple debout.

Ce matin, dans un site de personnes déplacées, j’ai rencontré des familles qui ont tout perdu et qui, pourtant, tiennent bon, ensemble, avec un courage et une dignité qui forcent l’admiration. Leur résilience m’a profondément marqué et elle nous oblige.

Ces familles ne m’ont pas demandé de la compassion, elles attendent des actes.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, mais derrière chacun d’eux, il y a une vie. Haïti traverse la plus grave crise humanitaire de l’hémisphère occidental et celle qui se détériore le plus vite. 6,4 millions de personnes, plus d’un Haïtien sur deux, ont aujourd’hui besoin d’aide, contre 5,5 millions il y a deux ans. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays par la violence et près de 6 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire sévère.

Ce sont les femmes et les enfants qui paient le prix le plus lourd. Au premier trimestre de cette année, en moyenne, plus de 20 femmes et filles ont été agressées chaque jour. En un an, le recrutement de jeunes par les gangs a triplé. Désormais, jusqu’à un membre de gang sur deux est mineur. Des enfances volées par la violence, par l’exploitation, par la faim.

Voilà la vraie nature de ces groupes, qui prospèrent en exploitant les plus vulnérables. C’est absolument intolérable, cela doit cesser.

Je veux saluer ici les collègues et partenaires humanitaires, dont l’immense majorité sont eux-mêmes Haïtiens, qui ne renoncent pas, malgré les dangers. L’an dernier, ils ont apporté une aide vitale à près de 3 millions de personnes. Mais notre plan de réponse de 880 millions de dollars pour aider 4,2 millions de personnes, n’est financé qu’à hauteur d’un quart, à peine.

Je le dis sans détour aux donateurs : Haïti ne demande pas la charité. Haïti demande que le monde tienne parole et Haïti ne peut pas attendre.

Mesdames et Messieurs,

Cette crise est aussi, fondamentalement, une crise sécuritaire. Depuis le début de l’année, la violence des gangs a fait plus de 2,300 morts et plus de 1,100 blessés. Elle paralyse l’État, l’économie, l’éducation et l’acheminement de l’aide.

Pourtant, la plus grande honte n’est pas la violence des gangs, la plus grande honte, c’est l’indifférence, celle d’un monde qui a trop longtemps regardé ailleurs. Car il y a un lien direct entre l’absence de la communauté international et l’absence de sécurité pour le peuple haïtien.

Mais la situation peut être renversée.

Des quartiers du centre-ville de Port-au-Prince ont été repris, le Conseil des ministres se réunit de nouveau au Palais national, après plus de trois ans. Ce n’est pas qu’un symbole : c’est le signe du retour progressif de l’État.

Aujourd’hui, au Camp Vertières, j’ai également rencontré les femmes et les hommes de la Force de Répression des Gangs. Son déploiement offre une chance réelle de faire reculer la violence et de rétablir l’autorité de l’État. Nous n’avons pas le droit de gâcher cette chance. Cette force n’est pas une opération des Nations Unies, mais elle bénéficie de notre plein appui logistique et opérationnel, à travers notre bureau d’appui en Haïti.

Je remercie les Gouvernements d’Haïti et de la République Dominicaine pour leur coopération décisive. Je veux aussi saluer les policières, les policiers et les soldats haïtiens qui tiennent la ligne, jour après jour, souvent au péril de leur vie.

Ces forces doivent recevoir la formation, l’équipement et la coordination nécessaires à leur mission, dans le strict respect des droits humains. Car les droits humains et la lutte contre l’impunité ne sont pas un obstacle à la sécurité : Ils en sont la condition, et le socle de la confiance de la population.

Pour que ces acquis durent, il faudra désarmer, démanteler et réintégrer les membres des gangs, sous conduite haïtienne. Il faudra une justice qui fonctionne, il faudra tarir les flux d’armes illicites qui alimentent cette violence, car ces armes ne sont pas fabriquées en Haïti.

Mais la sécurité seule ne suffira pas, elle doit aller de pair avec des avancées politiques.

J’ai eu des échanges francs avec le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi qu’avec des représentants de différents secteurs de la société haïtienne. Mon message a été clair : le peuple haïtien n’a que trop attendu. L’occasion qui s’offre aujourd’hui ne se représentera peut-être pas, je compte sur les dirigeants haïtiens pour la saisir.

Il faut accélérer le processus politique et restaurer la confiance, c’est aux Haïtiens, et à eux seuls, qu’il appartient de tracer la voie.

Ce processus doit produire des résultats : des étapes de transition inclusives et des élections crédibles, seule voie légitime vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel et des institutions démocratiques.

Les Nations Unies restent pleinement engagées. Sous la conduite de mon Représentant spécial, Carlos Ruiz Massieu, et à travers le BINUH, nous continuerons de faciliter le dialogue et d’appuyer des solutions haïtiennes.

La transition avance, une dynamique est là.

Mon appel à la communauté internationale est donc simple : assumez enfin vos responsabilités. Premièrement : renforcez l’appui sécuritaire, avec un déploiement rapide et complet de la Force en adaptant les ressources aux progrès accomplis sur le terrain. Deuxièmement : soutenez la transition politique et le relèvement du pays, l’école, la santé, l’emploi, pour offrir aux jeunes Haïtiens une alternative aux gangs et un avenir de dignité. Troisièmement : financez l’aide humanitaire, de manière prévisible et à la hauteur des besoins et par-dessus tout : écoutez le peuple haïtien.

Mesdames et Messieurs,

Je quitte Haïti avec un message d’espoir.

Pour la première fois depuis des années, on entrevoit le bout du tunnel, car Haïti ne se résume pas à ses épreuves. C’est une jeunesse immense et créative, une diaspora engagée, une culture qui rayonne bien au-delà de ses frontières. Haïti a tout pour se relever.

Il y a plus de deux siècles, à Vertières, un peuple a accompli ce que le monde croyait impossible : il a brisé ses chaînes et s’est libéré lui-même. Ce peuple-là saura, j’en suis convaincu, se libérer de l’emprise des gangs et reconquérir sa sécurité, ses institutions, son avenir.

Notre rôle n’est pas d’agir à votre place, notre place est à vos côtés et nous y serons jusqu’au bout.

Je vous remercie. »

Lire aussi :

https://www.haitilibre.com/article-47768-haiti-politique-visite-eclair-en-haitid-antonio-guterres-sg-de-l-onu.html

HL/ HaïtiLibre



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