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Haïti - Économie : Plan Stratégique de Politique Industrielle de l’ADIH
02/08/2026 09:13:55

Haïti - Économie : Plan Stratégique de Politique Industrielle de l’ADIH

L’Association des Industries d’Haïti (ADIH) présente le Plan Stratégique de Politique Industrielle pour la République d’Haïti 2026-2050 (PSPI), un document de planification sectorielle transmis et discuté par l’ADIH en coordination avec le Ministère du Commerce et de l’Industrie, issu d’une concertation approfondie entre les principaux acteurs du tissu industriel national.

Situation actuelle :

La République d’Haïti est confrontée à une contraction prolongée de son activité économique, soit plus de 6 ans consécutifs, dont les effets dépassent le registre conjoncturel pour relever désormais d’un défi structurel majeur. Les principaux indicateurs disponibles mettent en lumière l’ampleur de cette situation des plus graves et la nécessité d’une réponse publique cohérente, ambitieuse et durable :

• La contribution de l’industrie au Produit Intérieur Brut (PIB) est tombée de 18 % dans les années 1980 à seulement 4,5 % en 2026 selon le Fonds Monétaire International (FMI) ;

• Près de 78 % de la population active est sous-employée ou exclue du marché formel du travail ;

• Le déficit commercial atteint 4 milliards USD par an, le pays importe plus de 80 % de ses biens de consommation ;

• L’inflation cumulée des six dernières années dépasse les 30 %, détruisant le capital d’exploitation des entreprises avant même la fin des cycles de production ;

• Le coût de l’électricité peut dépasser 0,52 USD/kWh, soit plusieurs fois le coût moyen régional, rendant toute production locale non compétitive.

À défaut d’une inflexion structurelle rapide, ces tendances pourraient durablement affaiblir la base productive nationale, compromettre la création d’emplois et accentuer la dépendance extérieure du pays.

Le PSPI propose l’établissement d’un Pacte National de Compétitivité sur 25 ans entre l’État et les secteurs productifs, en vue de restaurer durablement les capacités industrielles du pays et de créer les conditions d’une croissance plus soutenue, plus inclusive et plus souveraine.

Vision 2050 : faire d’Haïti une économie capable de produire avec compétitivité, d’offrir des emplois en nombre, de réduire sa vulnérabilité aux importations et de consolider, sur des bases durables, sa souveraineté économique.

Objectifs quantitatifs 2050 :

• 500,000 emplois industriels formels créés (contre 150,000 aujourd’hui) ;

• Contribution de l’industrie au PIB portée à 20% (contre 9% actuellement) ;

• Exportations industrielles multipliées par 4 (de 1 à 4 milliards USD) ;

• Réduction du déficit commercial de 30% grâce à la substitution aux importations ;

• Recettes fiscales additionnelles de 250 millions USD/an d’ici 2050.

Pour relancer durablement l’industrie haïtienne, l’ADIH propose de remplacer le système actuel d’incitation passive, centrée principalement sur des avantages fiscaux liés aux profits par un système d’incitation active axé sur la compétitivité des facteurs de production. Ce modèle est inspiré d’expériences réussies dans plusieurs économies émergentes et caribéennes, cette orientation repose sur une conviction simple : Haïti dispose d’un potentiel entrepreneurial réel, mais requiert un cadre cohérent et stable de compétitivité pour le révéler pleinement.

À l’heure actuelle, la production locale demeure pénalisée par une combinaison de contraintes structurelles: coût élevé de l’énergie, fiscalité insuffisamment adaptée à l’investissement productif, taxation des intrants, logistique onéreuse et accès limité à l’équipement moderne. Dans un tel environnement, la compétitivité industrielle ne peut être consolidée sans une action publique volontaire et ordonnée.

Dans cette perspective, le plan s’organise autour de six axes stratégiques complémentaires, chacun assorti de mesures concrètes destinées à lever les principaux freins à la production, à l’investissement et à l’exportation.

1. Libérer la production nationale :

Le premier axe vise à alléger durablement le coût des facteurs de production, par une exonération stable et prévisible des droits et taxes appliqués aux matières premières, équipements, machines, pièces de rechange, technologies de production ainsi qu’aux systèmes énergétiques et de stockage. Une telle mesure permettrait d’améliorer rapidement la compétitivité des entreprises et de favoriser leur modernisation.

Cette approche repose sur une exonération totale et garantie des droits et taxes appliqués aux matières premières, aux équipements industriels et aux pièces de rechanges stratégiques.

L’objectif est clair : réduire structurellement les coûts de production, abaisser le seuil de rentabilité des entreprises et permettre aux industries haïtiennes de redevenir compétitives. Dans ce modèle, l’industriel respectera les obligations fiscales notamment les impôts sur les bénéfices, après que l’État lui donne enfin les moyens réels de produire, d’investir, de croître et de générer durablement des profits.

Cette proposition représente un changement de paradigme économique ; une vision de souveraineté productive, un véritable plan national de reconstruction économique et une réponse par des changements anticipés dans le système économique mondial (globalisation).

2. Faire de l’énergie une priorité nationale :

Le deuxième axe consacre l’énergie comme condition première de toute politique industrielle crédible, à travers un mécanisme spécifique en faveur des usages productifs, des incitations à l’autoproduction, le développement du solaire photovoltaïque et des partenariats public-privé permettant une baisse substantielle des coûts.

3. Infrastructures productives critiques :

Le troisième axe porte sur la constitution d’infrastructures productives critiques, notamment l’aménagement de zones industrielles, la modernisation logistique et portuaire ainsi que la réhabilitation des installations existantes, afin de fluidifier les chaînes d’approvisionnement et de réduire les délais opérationnels.

4. Capital humain et formation technique :

Le quatrième axe est consacré au capital humain, avec la création de centres techniques sectoriels, le développement de l’apprentissage et la mise en place d’incitations à la formation continue, dans le but d’aligner plus étroitement les compétences disponibles sur les besoins des filières productives.

5. Accès au capital et promotion de l’investissement :

Le cinquième axe concerne l’accès au capital et la promotion de l’investissement, à travers la création d’un Fonds de Développement Industriel, un dispositif de garanties publiques, des mécanismes de refinancement adaptés et un crédit d’impôt orienté vers l’emploi industriel.

6. Intégration régionale et marchés internationaux :

Le sixième axe vise à renforcer l’intégration régionale et l’accès aux marchés internationaux, en rendant pleinement opérationnelle la participation d’Haïti au marché unique de la CARICOM, en consolidant les dispositifs préférentiels existants et en ouvrant de nouveaux débouchés commerciaux, avec l’appui d’une agence nationale de promotion des exportations.

Au-delà de ses effets sur la production, cette orientation présente également un intérêt budgétaire et macroéconomique pour l’État. L’expérience internationale montre qu’une politique de compétitivité bien conçue permet d’élargir l’assiette fiscale, de soutenir la formalisation et de renforcer durablement les capacités de financement public, notamment pour les raisons suivantes :

• L’État renonce aux taxes à l’entrée (coûts de production) pour s’assurer une part des bénéfices à la sortie (impôts sur les sociétés) : les entreprises paieront davantage d’impôts lorsqu’elles deviendront réellement rentables ;

• Formalisation de l’économie : seules les entreprises formelles, déclarées et transparentes bénéficieront des avantages, forçant la sortie de l’informel ;

• Création massive d’emplois : chaque emploi créé génère de la consommation, des cotisations, de la circulation monétaire et davantage de stabilité sociale ;

• Effet multiplicateur national : une industrie compétitive soutient l’agriculture, stimule les services, augmente les exportations, réduit les importations, renforce la gourde et stabilise l’économie nationale.

Afin d’assurer la crédibilité, la continuité et la rigueur de sa mise en œuvre, le PSPI s’appuie sur une architecture institutionnelle conçue pour garantir le pilotage stratégique, l’exécution technique et la transparence du suivi :

• Conseil National de Politique Industrielle (CNPI) : co-présidé par le Premier Ministre/Ministre du Commerce et le Président de l’ADIH, organe de pilotage stratégique avec réunions trimestrielles ;

• Unité Technique d’Exécution (UTE) permanente rattachée à la Primature ;

• Des Comités Sectoriels : un par secteur prioritaire (agro-industrie, construction, textile, emballage, pharmaceutique, énergies renouvelables) ;

• Système rigoureux de suivi-évaluation : tableaux de bord trimestriels, rapports annuels au Parlement, audits externes triennaux, portail web de transparence publiant la liste des bénéficiaires, montants, indicateurs et procès-verbaux.

Le plan prévoit, à cette fin, une trajectoire de mise en œuvre progressive, structurée autour de priorités successives et d’objectifs mesurables.

2026–2027 :

Pose du cadre légal et institutionnel (loi-cadre, CNPI, UTE), premiers instruments fiscaux et fonds d’amorçage (50 M USD).Cible : 12,000 emplois, 120M USD d’investissements. Budget : 170 M USD.

2027–2029 :

Déploiement des infrastructures critiques — énergie solaire, zones industrielles, formation technique. Cible : 90,000 emplois cumulés, exportations +40 %, PIB industriel 12 %. Budget : 700 M USD.

2030–2050 :

Consolidation, R&D et positionnement régional. Cible finale : 400,000 emplois, 20 % du PIB, 4 Mds USD d’exportations. Budget : 1,3 Md USD.

Dans cette perspective, et afin de traduire rapidement cette ambition en signaux de confiance pour les investisseurs comme pour les partenaires techniques et financiers, cinq décisions prioritaires pourraient utilement être engagées à court terme pour la période 2025-2026 :

1. Adoption d’un décret portant sur la politique industrielle (été 2026) ;

2. Installation du CNPI (été 2026) et recrutement de l’UTE (été 2026) ;

3. Lancement du crédit d’impôt emploi industriel 30 % (octobre 2026) ;

4. Installation de scanners mobiles aux ports et frontières (décembre 2026 -juin 2027) ;

5. Création du Fonds de Développement Industriel avec dotation initiale de 50 millions USD (premier trimestre 2027).

Le Plan Stratégique de Politique Industrielle pour Haïti 2026-2050 s’inscrit dans une perspective de redressement, de transformation productive et de consolidation de la souveraineté économique nationale. Il offre un cadre d’action structuré, susceptible de fédérer l’effort public et l’engagement du secteur productif autour d’objectifs partagés de compétitivité, d’emploi et d’investissement.

Cette proposition repose sur un principe de responsabilité partagée : à l’État revient la création d’un environnement propice à la production et à l’investissement ; au secteur productif, l’engagement résolu en faveur de la formalisation, de l’emploi et de la contribution fiscale.

La réussite d’une telle ambition suppose, dans la durée, une volonté politique constante, un partenariat effectif entre l’État et le secteur privé, une discipline budgétaire compatible avec les engagements retenus, une amélioration sensible de la sécurité dans les espaces productifs et une mobilisation progressive des partenaires internationaux sur la base de résultats crédibles et vérifiables.

L’enjeu, à ce stade, n’est pas seulement de répondre à l’urgence, mais de recréer les fondements durables d’une capacité productive nationale à la hauteur des exigences du développement.

HL/ HaïtiLibre



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